Résumé en français de la thèse de Paolo Chevalier, « Une approche spatio-temporelle de la dépendance à la mobilité dans les métropoles de Barcelone et d’Aix-Marseille-Provence », novembre 2020, Université Paris-Est.

Cette thèse tente d’éclairer un paradoxe entre, d’un côté, le fait que la mobilité spatiale constitue une ressource, notamment à l’accès à l’emploi ou au logement, et, de l’autre, que les pratiques de mobilité génèrent des coûts ou des difficultés importantes (en termes financiers, d’efforts au quotidien, de conséquences sur l’organisation de la vie personnelle ou familiale), en particulier pour ceux qui ont de longs budgets-temps de transport pour se rendre sur leur(s) lieu(x) de travail. Nous nous intéressons aux travailleurs qui appartiennent aux catégories sociales les plus modestes, car nous faisons l’hypothèse qu’ils ont moins de marges de manœuvre pour s’adapter à ces situations de mobilité fortement contraintes. Pour cette étude, nous chercherons à comprendre dans quelle mesure les longs budgets-temps quotidiens pour se rendre au travail sont révélateurs d’une dépendance à la mobilité et quelles en sont les formes et les conséquences pour les actifs disposant de revenus modestes.

Après avoir quantifié cette population avec les enquêtes de mobilité disponibles dans la région métropolitaine de Barcelone et la métropole d’Aix-Marseille-Provence et divisé celle-ci en quatre groupes : les « Lents pendulaires », les « Rapides pendulaires », les « Lents multi-lieux de travail » et les « Rapides multi-lieux de travail », nous mènerons une enquête qualitative auprès de quarante d’entre eux. D’abord, la collecte de données GPS va permettre d’observer leurs déplacements quotidiens pendant une semaine. Un entretien semi-directif avec les individus permet ensuite de commenter l’espace parcouru ainsi que leur situation résidentielle, professionnelle et familiale. Dans un second temps, le recueil de données biographiques nous donnera la possibilité de reconstruire leur parcours de vie dans le temps et dans l’espace. Avec cet ensemble de données, nous analysons comment cette situation de mobilité quotidienne fortement contrainte est liée aux ajustements entre leurs aspirations et les conditions d’accès au logement, aux ajustements de la vie professionnelle et de la situation familiale, et, aussi, aux évolutions de leurs aptitudes et de leurs potentiels de mobilité au cours de la vie. Malgré l’observation de pratiques de mobilité très hétérogènes, nous constatons, pour les actifs modestes, que les longs budgets-temps de transport sont, parfois, le prix à payer pour être intégrés socialement dans ces deux métropoles européennes.

Mots-clefs : dépendance à la mobilité, mobilités quotidiennes et résidentielles, approche biographique, données GPS, comparaison européenne.

 

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