La fraude dans les transports collectifs urbains en Île-de-France. Pratiques et représentations dans la production et la contestation d’un ordre moral des mobilités quotidiennes
La fraude s’impose comme un fait social saillant des transports collectifs urbains (TCU) franciliens. Associée par les pouvoirs publics à un manque à gagner de près de 700 millions d’euros et appréhendée par d’autres acteur·trices sous l’angle des inégalités sociales et géographiques, elle renvoie à un ensemble d’enjeux sociaux, politiques et éthiques que cette thèse entend analyser.
Cette recherche mobilise à cette fin la contribution de Schmoll (2025) qui esquisse au sein de son ouvrage programmatique ce qui s’apparente à un « ordre moral des mobilités », comprenant un ensemble de normes implicites, de jugements de valeur et de rapports de pouvoir qui hiérarchisent les mobilités jugées « désirables » et « indésirables » de façon différenciée selon la classe, le genre, la race et le statut migratoire. Pensées depuis ce cadre théorique, les pratiques et les représentations de la fraude sont analysées dans cette thèse comme des « conflits de mobilité » (Schmoll 2025), soit les situations de négociation et de contestation morale que cet ordre suscite : qui peut faire usage du réseau, de quelles façons et pour quelles légitimités ?
De ces éléments découle la question de recherche suivante : des pouvoirs publics aux appropriations ordinaires, comment les pratiques et les représentations de la fraude contribuent-elles à la production et à la contestation d’un ordre moral des mobilités quotidiennes dans les transports collectifs urbains franciliens ?
Les trois axes articulés à cette question visent ainsi à analyser la fraude en partant des pouvoirs publics (État, IDFM) (axe 1), en passant par un ensemble d’acteur·trices intermédiaires (RATP, médias, dispositifs techniques comme Fraud Tracker) (axe 2), pour aboutir aux appropriations ordinaires qu’en font les agent·es de contrôle et les fraudeur·euses (axe 3).
Pour répondre à ces axes, la méthodologie qualitative articule analyse documentaire de sources institutionnelles et militantes, entretiens semi-directifs avec des agent·es de contrôle et fraudeur·euses, observation sur le terrain et netnographie dans des communautés en ligne portant sur la fraude. L’analyse est principalement thématique, complétée par une analyse du discours et une analyse visuelle des communications institutionnelles.
Cette démarche méthodologique permettra une compréhension plus approfondie des figures différenciées et contrastées du ou de la fraudeur·euse, telles qu’incarnées et produites par un ensemble d’acteur·trices, et contribuera ainsi à un ensemble de travaux dans les études de mobilités. Faisant tout d’abord l’hypothèse de situations de fraude résultant de situations de non-recours ou d’effets de seuil d’éligibilité aux dispositifs de tarification sociale, cette thèse contribuera à un ensemble de débats relatifs aux limites de la tarification individuelle, tels que discutés dans les débats autour des mesures de gratuité des TCU. Ensuite, faisant comme deuxième hypothèse que l’incorporation de dispositions normées, comme l’obligation de payer, se manifeste autant en dehors que lors des temps de transport, cette thèse contribuera à un ensemble de questionnements propres aux études des socialisations aux et par les mobilités.
Enfin, faisant l’hypothèse que la fraude tarifaire est un phénomène social multiple, ancré dans des inégalités socio-spatiales, dans le stigmate d’être pris·e en défaut, dans des risques de sanctions accrues pour certaines populations, dans des engagements militants ou même dans des pratiques ludiques, cette thèse contribuera alors à alimenter les débats relatifs à l’hypothèse de rationalité instrumentale des usager·ères propre à la socio-économie des transports.
En définitive, la thèse contribuera à faire de la fraude un objet de recherche à part entière, susceptible d’éclairer plus largement certaines des tensions et recompositions qui traversent et façonnent les mobilités quotidiennes contemporaines dans les TCU franciliens.
Biographie, parcours
Sociologue de formation, je mobilise principalement des méthodes qualitatives (entretiens, observations, ethnographie en ligne, analyse critique du discours et sémiologie des images, etc.), tout en maîtrisant les méthodes quantitatives et la modélisation, acquises au cours de mon précédent cursus universitaire en économie.
Doctorant contractuel pour une thèse en sociologie au LVMT depuis septembre 2026
Maîtrise universitaire en sociologie à l’Université de Genève de 2023 à 2025, avec un séjour Erasmus à la Humboldt-Universität zu Berlin en 2024-2025
Maîtrise universitaire en sciences économiques à l’Université de Genève de 2020 à 2022, avec une spécialisation en économétrie
Bachelor en économie et management à l’Université de Genève de 2017 à 2020, avec une spécialisation en économie