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Yves Jouffe  



Publications dans HAL


Yves Jouffe, sociologue des mobilités urbaines, chargé de recherche contractuel au LVMT jusqu’à 2014, associé au Lab’urba depuis


Thématiques

  • mobilité urbaine et projets de vie
  • précarité sociale et vulnérabilité énergétique
  • capital territorial et droit à la ville

Approches

  • Exploration qualitative par entretiens et observations directes, appuyés par des instruments adaptés aux terrains et problématiques comme des photographies, des cartes mentales ou des fiches d’activités auto-administrées
    • Vers des dispositifs problématiques et méthodologiques co-construits
    • Vers une hybridation des dispositifs d’observation scientifique, d’expression artistique et d’autonomisation militante
  • Croisement des analyses compréhensives et explicatives à partir des mêmes corpus
  • Confrontation à des analyses quantitatives secondaires
    • Vers une caractérisation des structures sociales au travers de l’observation qualitative des pratiques individuelles

Interrogations lancinantes

  • Les mobilités urbaines entremêlent les différentes temporalités de chacun. On se déplace chaque jour ; on déménage un jour. On change de bus ; on change de travail. En somme, on se situe dans l’espace géographique. A force de petits gestes ou de grandes actions, on consolide ou on réinvente son territoire.

    Comment se construisent ces territoires individuels ? Comment les multiples temporalités et les différentes échelles spatiales fondent-elles un territoire individuel ? Qu’est-ce qui les lie entre elles ?

  • Le déplacement est matériel. Il suppose que des forces se mettent en branle et déploient des ressources gigantesques. Souvent un moteur, ses roues, ses rails et au bout des rails, un bout de ville. Toujours une énergie et une souplesse corporelles. Une habileté ajustée aux machines qui le transportent. Un savoir-agir, un savoir-zigzaguer dans la foule, un savoir-ignorer les regards, un savoir-solliciter l’assistance, un savoir-décrypter les signes anciens et nouveaux, un savoir-éviter les impasses obscures, un savoir-refouler les territoires du deuil, un savoir-oublier l’intolérable quotidien. Ou plutôt un corps fait savoir, fort de sa mémoire, forgé par l’épreuve, forcément instrumenté, voire un agencement hétérogène et indiscernable de chairs, de formes, d’énergies, de rythmes. Ou juste une compétence, dont les défaillances multiples donnent l’illusion de la possibilité de sa décomposition. Enfin, tant d’atouts et de talents jamais donnés, pourtant ordinaires et indispensables à l’être mobile dans une ville faite obstacle et défi.

    Quelles sont ces ressources, visibles et invisibles, énoncées et indicibles ? Et ceux qui n’en ont pas assez, comment font-ils pour bouger malgré tout ? Comment font-il, ces précaires mais mobiles ?

  • Le déplacement de la matière suit la forme des désirs et la force des symboles. Ou est-ce l’inverse ? Face au doute, il reste à s’interroger : la tension qui fonde le mouvement serait-elle la clé de lecture de ses régularités ? Ces moments mobiles sont des capsules de désir vital. Ils contiennent la réalisation de ce désir dans une vie quotidienne, dans une activité, contrainte, choisie, surtout remplie de significations. L’activité colore le déplacement. L’aspiration embaume la mobilité. Le territoire a ses attaches invisibles, ses frontières indicibles. Toute une vie, tout un réseau de relations aux autres et aux lieux, toute une histoire passée, présente et à venir, s’actualise dans chaque trajet. Le logement et le territoire, les relations sociales, les activités, comme supports de promesses éprouvées ou douteuses, deviennent alors les supports de la mobilité elle-même.

    Quel est le système de significations attaché au territoire de la mobilité ? Quelle est la force structurante de l’intangible symbolique ? Quelle auto-identification surgie du mouvement lui donne forme ? Quels sont les supports des significations et quelles ressources fondent-ils ?

  • Le déplacement lie le tangible et l’intangible. Il inscrit leur combinaison singulière parmi les possibles du social. Tout n’est pas possible. Les rapports sociaux absorbent les potentialités du fictif espace non social et déplacent, contraignent ou annulent ces possibles. Les lignes de force du social qui forment des rapports de domination régissent les combinaisons possibles du tangible et de l’intangible. Le décorticage minutieux des réalités individuelles ne suffit pas. L’individu s’inscrit dans des structures collectives contraignantes et il les transforme en retour, en particulier au travers de sa participation à des collectifs intermédiaires. Redéfinir les ressources de la mobilité urbaine comme des enjeux de lutte en soi invite à les considérer comme des capitaux. Leur analyse comme ressources détaille leur modalités d’instrumentation, leur répartition inégalitaire et leur processus d’accumulation. Leur analyse comme capitaux conduit à détailler le jeu de forces qui compose leur champ et fait ou défait leurs légitimités. Les significations redeviennent objet d’étude, non seulement comme autre déterminant possible du mouvement, mais surtout comme produit d’une lutte sociale qui dépasse l’individu et qui dépasse les infrastructures de la mobilité. D’autres échelles sont en jeu. L’espace et le temps d’observation s’étendent. Une généalogie invite à remonter le fil historique d’un dispositif de mobilité urbaine d’avant sa composition en infrastructure de transport puis en omniprésente injonction à la mobilité. Peut-être la révélation de ses transformations suppose-t-elle de plonger la mobilité urbaine dans d’autres mobilités, d’autres échanges, d’autres changements. Sans doute ces questionnements participent-ils aussi de la recomposition de la mobilité comme dispositif.

    Quels sont les nouveaux domaines et dimensions d’actualisation de la mobilité ? Quelles recompositions de la structure sociale initie l’extension de la mobilité ? Quel sujet est recréé à travers elle ? Quels capitaux la fondent ? Quel champ structure les luttes pour définir ses modalités légitimes ? Comment la mobilité urbaine redessine-t-elle la justice spatiale et le droit à la ville ?

Parcours académique et thématique

  • 2002 : Master d’Ingénieur civil de l’Ecole des Ponts ParisTech, spécialité Ville, Environnement, Transport
  • 2002 : Master commun à l’Ecole des Ponts et l’Institut Français d’Urbanisme de l’Université Paris 8, à savoir le Diplôme d’Etudes Approfondies "Mutations urbaines et gouvernance territoriale". Mémoire sur les temporalités de la nuit métropolitaine vues au travers du taxi parisien.
  • 2007 : Thèse de doctorat de sociologie de l’Ecole des Ponts, au LVMT, financée par l’Ecole des Ponts et l’INRETS, sur les tactiques de mobilité des travailleurs précaires mais flexibles en Île-de-France.
  • à partir de 2008 : Post-doctorat de deux ans à Santiago du Chili, dans l’Instituto de la Vivienda, Facultad de Arquitectura y Urbanismo, Universidad de Chile, sur le logement comme pilier de la mobilité quotidienne, qui aboutit à une réflexion sur les classes sociales et le droit à la ville.
  • depuis 2012 : Recherche au LVMT dans le cadre de la constitution des outils de l’Observatoire National de la Précarité Energétique, dans ses liens avec la mobilité quotidienne

Principales publications

  • Jouffe, Yves (2014), « La précarité énergétique au travers de la mobilité quotidienne », in Beslay, Christophe et Zélem, Marie-Christine (dir.), La sociologie de l’énergie. Tome 1 : Gouvernance et concepts, Tome 2 : Pratiques et modes de vie, Paris, Editions CNRS, collection Alpha. 13 p. A paraître.
  • Jouffe, Yves (2011), « Ancrage et émancipation. Les formes identitaires comme ressources de la mobilité des précaires flexibles », in Ramadier, Thierry et Sandrine Depeau (dir.), « Se déplacer pour se situer. Places en jeu, enjeux de classes », Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2011, 125-144. ISBN : 978-2-7535-1713-4
  • Jouffe, Yves (2010), « La paradoxale mobilité des travailleurs précaires : vers de nouvelles inégalités ? », in Massot, Marie-Hélène (dir.), « Mobilités et modes de vie métropolitains. Les intelligences du quotidien », L’Œil d’Or, Paris, 2010, 139-153.
  • Jouffe, Yves ; Campos, Fernando (2009), “Movilidad para la emancipación o el arraigo”, CIUDADES, 81, abril-junio de 2009, RNIU, Puebla, México, p. 29-35.